Zone aéroportuaire de Niamey : 1.637 propriétaires à indemniser — le mode d’emploi
C’est l’une des plus vastes opérations d’expropriation menées à Niamey ces dernières années. Engagées le 31 mai 2026 dans la zone aéroportuaire, à la suite des attaques du 29 janvier 2026 contre l’aéroport Diori Hamani, elles concernent 1.637 propriétaires recensés et expertisés, que l’État s’est engagé à reloger.
Derrière l’ampleur du chiffre, il y a 1.637 dossiers individuels — et c’est à cette échelle que tout se joue. Voici la chaîne d’actes qui fonde l’opération, ce que prévoit la compensation, et comment monter un dossier qui tienne.

Le cadre juridique, et pourquoi il faut le connaître
Une expropriation régulière n’est jamais une décision isolée : c’est une chaîne d’actes vérifiables. Dans ce dossier, elle est publique et identifiable.
- La loi n°61-37 du 24 novembre 1961 relative à l’expropriation pour cause d’utilité publique, modifiée par la loi n°2008-37 du 10 juillet 2008, constitue le socle.
- L’arrêté 287/MIS/AT/SG du 30 mars 2026 a créé le comité multidisciplinaire chargé du dossier.
- Le décret n°2026-275/PRN du 15 mai 2026 porte déclaration d’utilité publique — c’est l’acte qui ouvre juridiquement la procédure et délimite le périmètre.
Pourquoi ces références comptent pour un particulier ? Parce qu’elles permettent de poser la seule question qui protège : ma parcelle est-elle bien dans le périmètre du décret ? Une opération qui déborde du périmètre déclaré n’a pas de base légale, et cette vérification se fait avant, pas après.
Le ministre de la Justice, Alio Daouda, s’est exprimé sur le dossier le 3 juin 2026, en confirmant l’engagement de relogement des personnes recensées. Nous avons détaillé le régime général dans notre article sur l’expropriation pour utilité publique au Niger, vos droits et vos recours.
Ce qui est proposé en compensation
Deux situations sont distinguées, et cette distinction est décisive.
Les propriétaires de terrains avec titres réguliers
Pour eux, des parcelles aménagées sont réservées à titre de compensation. C’est le régime le plus favorable : on remplace du foncier par du foncier, dans une zone viabilisée. La condition est nommée sans ambiguïté : disposer d’un titre régulier.
Les résidences démolies
Le recasement passe par la SONUCI, la société nationale d’urbanisme et de construction immobilière. C’est l’opérateur qui porte par ailleurs les programmes de parcelles viabilisées que nous avions présentés dans notre article sur les 50.000 parcelles à prix coûtant.
Les délais n’ont pas été précisés. C’est le point de vigilance principal : entre la démolition et le recasement effectif, il existe une période durant laquelle les familles doivent se loger, et cette période n’est pas toujours couverte.
La procédure, étape par étape

1. La déclaration d’utilité publique
Elle ouvre la procédure et fixe le périmètre. À partir de là, l’opération est engagée : contester le principe même de l’utilité publique est possible mais rarement gagnant, surtout lorsqu’un motif de sécurité est invoqué.
2. Le recensement et l’expertise
Chaque occupant et chaque bien sont évalués. C’est l’étape la plus importante pour vous, car c’est là que se fixe la base de votre indemnité. Une expertise faite en votre absence, sur un bien dont la valeur n’a pas été discutée, est très difficile à corriger ensuite.
3. La proposition d’indemnité ou de compensation
Parcelle aménagée pour les titres réguliers, recasement pour les résidences. Toute proposition doit être écrite et chiffrée. Ne signez jamais un document dont vous ne comprenez pas la portée exacte.
4. La contestation devant le juge
Le montant de l’indemnité se discute. C’est le terrain de contestation le plus praticable, à condition de pouvoir opposer des éléments : contre-expertise, factures, comparables de marché.
Constituer un dossier qui tient

Ce qui renforce votre position
- Le titre. Titre foncier, acte de vente enregistré, attestation d’attribution. Le régime de compensation le plus favorable y est explicitement conditionné. Si votre situation est incomplète, notre guide sur la vérification d’un titre foncier en ligne au Niger indique par où commencer.
- Les photos datées du bâti, prises avant toute démolition, sous plusieurs angles, incluant les aménagements réalisés.
- Les factures et devis de construction, qui établissent la valeur des investissements et non seulement celle du sol.
- Les preuves d’occupation : quittances, factures d’eau et d’électricité au nom de l’occupant, attestations.
Ce qui l’affaiblit
- Se fier à une promesse verbale. Aucun engagement non écrit n’a de valeur dans une procédure d’indemnisation.
- Refuser le recensement par protestation. C’est l’erreur la plus coûteuse : ne pas figurer au recensement revient à sortir du dispositif, sans que cela ait été décidé contre vous.
- Signer une renonciation ou un quitus sans chiffrage détaillé.
- Attendre la démolition pour rassembler ses preuves. Après, il ne reste plus rien à photographier.
Ce que ce dossier annonce pour Niamey
Cette opération s’inscrit dans un mouvement plus large de reprise en main de l’espace urbain, que nous suivons depuis plusieurs mois : récupération des réserves foncières de l’État, encadrement des lotissements, obligation de mise en valeur des terrains non bâtis. Notre article sur les réserves foncières reprises à Niamey détaille cette dynamique.
Pour un acquéreur, la conclusion pratique est constante d’un dossier à l’autre : c’est le titre qui fait la différence le jour où l’État intervient. Un occupant sans titre subit une opération ; un propriétaire titré la négocie. La régularisation d’un acte, souvent repoussée parce qu’elle coûte du temps et de l’argent, est exactement l’assurance qui se révèle utile dans ces circonstances-là — et à ce moment-là, il est trop tard pour la souscrire.
Questions fréquentes
Quand ont commencé les opérations dans la zone aéroportuaire de Niamey ?
Les opérations de déguerpissement ont débuté le 31 mai 2026. Elles font suite aux attaques du 29 janvier 2026 à l’aéroport Diori Hamani, qui ont conduit à sécuriser l’emprise aéroportuaire.
Quels textes fondent cette opération ?
La loi n°61-37 du 24 novembre 1961 sur l’expropriation pour cause d’utilité publique, modifiée par la loi n°2008-37 du 10 juillet 2008 ; l’arrêté 287/MIS/AT/SG du 30 mars 2026 créant le comité multidisciplinaire ; et le décret n°2026-275/PRN du 15 mai 2026 portant déclaration d’utilité publique.
Combien de propriétaires sont concernés et que leur propose-t-on ?
1.637 propriétaires ont été recensés et expertisés, et l’État s’est engagé à les reloger. Pour les propriétaires de terrains disposant de titres réguliers, des parcelles aménagées sont réservées à titre de compensation ; pour les résidences démolies, le recasement passe par la SONUCI.
Que faut-il réunir pour son dossier d’indemnisation ?
Le titre régulier, l’acte de vente ou l’attestation d’attribution, des photos datées du bâti avant toute démolition, les factures de construction ou devis d’entreprise, et les preuves d’occupation comme les quittances et les factures d’eau et d’électricité. Ce qui se prouve s’indemnise.
Peut-on contester l’indemnité proposée ?
Oui. Le montant de l’indemnité se discute devant le juge du contentieux de l’indemnisation, en s’appuyant sur les pièces du dossier et, si nécessaire, sur une contre-expertise. La déclaration d’utilité publique elle-même, en revanche, est bien plus difficile à remettre en cause.